Marco Veneziale

Dr. Marco Veneziale

Postdoc associé en Littérature Française du Moyen Âge - Projet: « Les poètes de François Ier et la naissance du pétrarquisme français. Une nouvelle approche philologique »

marco.veneziale@uzh.ch

Littérature Française du Moyen Âge

Notre projet étudie la tradition manuscrite de l’école poétique s’étant développée à la cour de François Ier (1515-1547), guidée par une figure majeure de l’histoire littéraire : Clément Marot (d’où l’appellation de poètes « marotiques »). À partir de ce moment de l’histoire littéraire, la poésie de Pétrarque devient un modèle, notamment grâce à la passion du roi pour la culture italienne. Si Marot possède une véritable volonté auctoriale et tente de gérer personnellement la publication de ses écrits, ses camarades de cour (parmi lesquels il faut ranger le roi même, François Ier, Mellin de Saint-Gelais, Victor Brodeau, Claude Chappuys et beaucoup d’autres), préfèrent faire circuler leurs poèmes dans des recueils manuscrits et anthologiques, où la poésie de l’un dialogue souvent avec celle des autres : par conséquent, nous ne possédons pas un « chansonnier » d’auteur qui recueille les pièces de chaque poète. Ce constat, accompagné du fait que rares sont les pièces anciennement imprimées, a entravé toute étude sérieuse de cette tradition textuelle, qui pose d’évidents problèmes paléographiques et codicologiques.
Notre projet propose une interprétation nouvelle de ce corpus, basée non plus sur chaque poète et son « chansonnier », mais sur l’école poétique dans son entièreté. Cela implique, en premier lieu, de travailler à la création d’un répertoire complet de la lyrique des poètes de François Ier (un outil jamais envisagé auparavant). Après une recension de la tradition, visant à construire un corpus définitif, il s’agira de recueillir les données relatives à chaque manuscrit (description codicologique, liste des pièces et des attributions à tel ou tel autre poète). Pour la récolte des données, nous allons nous appuyer sur la base de données du projet « Lyra », coordonné par Simone Albonico à l’Université de Lausanne.
Ces matériaux seront par la suite interprétés grâces aux méthodes de la philologie «des structures» d’école néo-lachmanienne. Ceci nous conduira à une analyse des tables des différents manuscrits, à la recherche des liens de parenté qui s’instaurent entre eux, pour ensuite vérifier nos hypothèses sur la micro-variance textuelle. Grâce à cette démarche, nous espérons pouvoir enfin réordonner la tradition manuscrite de l’école poétique de François Ier. Un tel travail de collation et d’analyse, effectué sur un corpus assez vaste, rendra enfin compréhensible la tradition dans sa globalité, permettant aussi d’évaluer sur des fondements scientifiques la validité des attributions des pièces, posant des bases solides pour de futures éditions vraiment « critiques » des poètes courtisans du cercle marotique. Enfin, le projet permettra de répondre à des questions culturelles majeures, à savoir : pourquoi le livre manuscrit a-t-il continué à jouir d’un tel succès vers la moitié du XVIe, lors du passage définitif vers le monde du livre imprimé ?