Myriam Bergeron-Maguire

Assistentin für Französische Sprachwissenschaft

Romanisches Seminar
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Dissertation (Résumé)

Le français en Haute-Normandie aux 17e et 18e siècles : aspects lexicaux, phonétiques et grammaticaux

Cette thèse soutenue en 2014 à l’Université de Lorraine, dirigée par Yan Greub (CNRS-ATILF & Université de Lorraine) et codirigée par André Thibault (Paris-Sorbonne), est une contribution à la description du français en usage dans une aire géographique spécifique – la Haute-Normandie et plus particulièrement la Seine-Maritime – durant la période classique.

Les travaux qui ont porté sur le français de la période classique se sont longtemps limités à étudier ses manifestations littéraires. Plus récemment, la description de la variation géographique et sociale du français durant cette période s’est appuyée sur des données empruntées à la lexicographie, à la glossairistique régionale, aux variétés de français expatriées et aux créoles français. Si ces types de sources ont bel et bien permis des avancées qualitatives en la matière – cette thèse y puise d’ailleurs abondamment –, le phénomène de variation géographique et sociale du français de cette période reste néanmoins décrit de façon encore trop partielle. Ce travail met à profit un autre type de sources, qui n’a été que peu exploité à ce jour, et fait la démonstration qu’il peut s’avérer d’un apport original et utile : les documents non littéraires de nature privée. À cet effet ont été dépouillés des documents conservés aux archives départementales de Seine-Maritime, afin de constituer un corpus inédit de textes rédigés par des scripteurs, pour certains peu lettrés, pour d’autres plus expérimentés, et comprenant des procès-verbaux.

Les documents rassemblés, dont la vocation est essentiellement locale, contiennent des diastratismes disparus très tôt de la langue écrite ou encore des diatopismes parfois très spécifiques, pour la plupart très peu attestés dans la documentation ou encore attestés tardivement dans la glossairistique régionale ou l’atlantographie. Pour certains de ces phénomènes, il a également été possible de récolter des indices précieux sur leur statut et leur légitimité à l’échelle régionale, principalement grâce aux indices métalinguistiques contenus dans les procès-verbaux.

Le choix de l’aire géographique – la Haute-Normandie – a été déterminé par le souhait de contribuer à l’approfondissement d’un champ de recherche dont les premières avancées remontent à une quarantaine d’années et dont la principale préoccupation concerne l’état de la langue parlée à l’origine par la population venue s’installer dans le Nouveau Monde au cours du 17e siècle. En effet, la participation de la Normandie au peuplement du domaine laurentien, à côté d’autres régions du Nord-Ouest, de l’Ouest et du Centre de la France, est un fait bien connu. La thèse s’inspire également des études s’intéressant à des documents rédigés par des peu lettrés et aux pratiques discursives de ces derniers.

La portée de cette thèse ne se limite pas au cadre géographique qu’elle s’est imposée, mais se conçoit comme une investigation sur un état du français au 18e siècle dans une aire géographique située en marge du bassin parisien.